COMPAGNIE
VOLTI SUBITO

Chut (E/s)
Création 2025
cirque / musique
90 minutes
Tout public
Ecriture : Julien Nicol
Interprètes : Julien Nicol, Stéphanie Outin,
Régisseur : Charles Bonnard
Les chevaux : Uuka de Vanoise et Jumperd'Elixir

Je vous le chuchote : voici venue tout droit du secret, de l’arrière du rideau, une connaissance silencieuse et cachée. Depuis 250 ans, ces équitants du cirque, acrobates à cheval, ne cessent de poursuivre avec acharnement et dévotion un graal appelé “centaure”. Ce faisant, peut-être à leur insu, ils fondent une vérité, un art magistral : l’art de la chute !
Démontons, scrutons le genre humain. Descendant d’Habilis et Erectus, Homo Sapiens.
« Sapiens » est un adjectif latin signifiant « intelligent, sage, raisonnable, prudent ».
Toi, vous, moi, nous, maîtres dans l’art de la bipédie, définis par notre capacité à nous tenir droit en toute circonstance. Mais attention aux écueils de cette qualité galvanisante, elle ne saurait être le fruit d’une stabilité intérieure. La danse et l’acrobatie nous racontent ceci : ces mouvements façonnés par notre culture nous disent qu’être en équilibre, c’est avant tout tenter de gérer un déséquilibre. Danser, c’est accueillir et transformer ce vacillement physique, intime, conduisant le corps vers une issue incertaine mais plus personnelle, plus expressive et plus libre. C’est laisser vivre ce qui nous échappe. L’antithèse de cette propension à nous tenir debout, tendance devenue posture, imposture parfois. L’histoire met en scène quatre individus ne retenant plus l’élan ni la chute, ni le doute. Quatre individus semblables à une communauté d’explorateurs poussés par une quête de sens, mais dépassés par une part d’eux mêmes. Tantôt dans leur sillage ou simplement observateurs de ces âmes trébuchantes, les chevaux semblent par moment les véritables instigateurs de cette migration commune. Eloge du déséquilibre. La question se reformule : « Qui danse qui? ».
Les chevaux, la danse, les corps, les voix pour pousser notre bipédie dans ses retranchements et pour confondre notre langage... Doit-on voir dans l’utilisation séculaire du cheval une preuve tangible de suprématie ? Ou au contraire, l’Homme, devant la difficulté à se tenir debout, devant ses contradictions et l’énigme de sa propre présence au monde, cherche-t-il auprès du cheval un appui nécessaire ?
Et s’il s’avérait, au terme de ce long passé commun, que le cheval ne soit pas le piédestal mais une béquille bien vivante ?
Ne serait-ce pas lui qui murmure, à l’oreille des hommes, qu’il faut danser pour échapper aux diktats de la verticale ? Que peut-il
encore nous révéler de cette force à l’œuvre dans notre évolution, de nos irrépressibles quêtes humaines, de leur gouffre et du vertige de nos intuitions ?
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Laissons ces chevaux et ces hommes nous plonger dans un monde fragile et puissant, où souffles et corps cherchent les hauteurs d’un battement commun...